Le Keigo : Guide des formes de politesse en Japonais

Le Keigo : Guide des formes de politesse en Japonais

2026 Jul 09

Le mot keigo (敬語) est composé du kanji signifiant « respecter » ou « admirer » (敬) et du kanji « langue » (語). La société japonaise a toujours accordé une grande importance à la hiérarchie, au point que le langage honorifique peut sembler constituer une langue à part entière. Si vous envisagez de faire carrière au Japon, maîtriser le japonais des affaires vous démarquera lors de votre recherche d’emploi.

Quelle que soit la raison qui vous pousse à étudier le japonais, on suppose que vous prenez du plaisir à apprendre. Vous avez savouré l’écriture de vos premiers hiragana et katakana. Petit à petit, vous êtes parvenu à vous exprimer et à tenir une conversation informelle en japonais. Du moins, c’était le cas au début.

En arrivant au niveau intermédiaire, le plaisir laisse souvent place au découragement face à la complexité du langage honorifique japonais.

Dans cet article, nous vous guidons à travers toutes les subtilités du keigo japonais, du point de vue d’un non-natif. Nous aborderons les formes honorifiques, les formes humbles, les conjugaisons et les expressions courantes.

Introduction au keigo japonais

Saviez-vous que le Japon avait autrefois un système de castes ? Jusqu’à la restauration de Meiji, les personnes de castes différentes ne parlaient pas le même japonais, en signe de respect des rangs sociaux. Bien que ce système de castes ait disparu, le langage honorifique continue de marquer le degré d’intimité ou de statut social entre les personnes.

Utiliser le keigo, c’est témoigner de sa considération envers une personne plus âgée ou occupant un rang social supérieur. L’âge n’est pas le seul facteur : la position ou l’ancienneté au sein d’une entreprise entre également en jeu, comme avec le concept de senpai (une personne plus expérimentée). Votre façon de parler variera donc selon que vous vous adressez à un ami, un collègue, un supérieur ou un client, et selon la personne dont vous parlez : vous-même, un ami, un collègue ou un client.

Mais ne croyez pas que le keigo soit plus simple pour les locuteurs natifs. Les enfants japonais apprennent le keigo à la dure, en entrant au collège et en découvrant la hiérarchie japonaise. Ils doivent alors soudainement distinguer les 先輩 (senpai, élèves plus âgés) des 後輩 (kōhai, élèves plus jeunes).

Si l’idée d’apprendre tout un nouveau style de langage japonais vous effraie, sachez que vous n’êtes pas seul. Mémoriser le keigo représente un défi même pour les Japonais eux-mêmes : il est donc rassurant de savoir que tout le monde est logé à la même enseigne. Bien souvent, les Japonais n’apprennent pas réellement le keigo à l’école, mais lors de formations intensives avant de commencer leur premier emploi.

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Le concept d’uchi et de soto

Pour mieux comprendre le langage respectueux, il faut se pencher sur le concept japonais d’uchi et de soto, ou « intérieur-extérieur » (内-外). L’idée peut sembler simple : uchi (内) signifie littéralement « intérieur », tandis que soto (外) signifie « extérieur ». Mais ces deux mots ne décrivent pas seulement une position physique : ils traduisent aussi une distance sociale.

Le concept d’uchi et de soto façonne la culture japonaise. En sociologie et en psychologie sociale, on parle de « endogroupe » et d’« exogroupe » ; la société japonaise prend cette distinction particulièrement au sérieux, au point qu’elle influence directement la langue.

Un endogroupe est le groupe social auquel vous vous identifiez. L’exogroupe, à l’inverse, désigne un groupe auquel vous n’appartenez pas.

En japonais, 内 signifie « foyer ». Le concept d’uchi (内) désigne l’endogroupe : toutes les personnes que vous connaissez au sein d’un cercle social précis — votre famille, votre entreprise, votre club. À l’intérieur de ce 内, par exemple, les membres d’une même famille peuvent se passer de titres honorifiques entre eux.

En japonais, soto (外) correspond à l’équivalent de l’exogroupe. Le concept de 外 englobe toutes les personnes extérieures à votre cercle social, comme un employé d’une entreprise concurrente.

Pourquoi ces notions sont-elles si importantes en matière de keigo ? Comme beaucoup de pays asiatiques à tendance collectiviste, le Japon accorde davantage d’importance à la conformité sociale, à l’inverse des cultures occidentales plus individualistes.

Autrement dit, appartenir à un groupe est un élément central de la vie japonaise. Le registre de langue varie selon le contexte social et selon ce que vous considérez, à un moment donné, comme votre endogroupe.

L’endogroupe peut se limiter à votre famille ou s’étendre à l’échelle d’un pays entier. Pensez à la logique du « nous » face au « eux » : cette dynamique influence les interactions sociales et se reflète directement dans la langue japonaise. Retenez donc que l’on n’utilise pas d’honorifiques pour parler de membres de son propre groupe à des personnes extérieures.

Le keigo japonais pour débutants

Avant même d’aborder le keigo à proprement parler, vous apprendrez probablement les formes verbales polies, appelées teinei (丁寧). Cette forme repose sur le radical du verbe suivi de la terminaison ~masu. Par exemple, le verbe « voir », 見(み)る, devient 見(み)ます.

Le keigo englobe à la fois la forme humble, kenjougo (謙譲語), et la forme polie honorifique, sonkeigo (尊敬語), avec différents niveaux de vocabulaire et d’expressions. À l’écrit, cette complexité est encore plus marquée.

En progressant en japonais, vous constaterez que la politesse revêt une grande importance face à des personnes plus âgées ou dans un cadre professionnel. Vous apprendrez à ajuster votre discours selon votre degré de familiarité avec votre interlocuteur, ou pour souligner un écart hiérarchique lorsque vous occupez une position supérieure. 

ご飯を食べます。 Gohan o tabemasu.

映画をみます。 Eiga o mimasu.

Mais que faire si vous souhaitez témoigner encore plus de respect à quelqu’un ? L’humilité occupe une place centrale dans la culture japonaise, aussi bien au travail que dans la vie sociale. Le tableau ci-dessous illustre trois niveaux de politesse.

FamilierFormelKeigo
お土産をもらった。Omiyage o morattaお土産をもらいました。Omiyage o moraimashitaお土産をいただきました。Omiyage o itadakimashita

Une de nos élèves a un jour plaisanté en disant que plus une phrase est longue, plus elle est polie et formelle. Nous ne garantissons pas que la règle soit absolue, mais c’est effectivement une tendance que l’on observe souvent.

Le registre familier s’utilise généralement avec votre endogroupe, avec qui vous entretenez une relation égalitaire ou décontractée : camarades de classe proches, amis intimes, frères et sœurs, voire parents.

Le registre formel, quant à lui, s’adresse à des personnes avec qui la distance sociale est plus marquée : enseignants, collègues ou inconnus.

Enfin, le keigo le plus poli s’utilise envers les personnes que vous considérez comme occupant un rang hiérarchique nettement supérieur : managers, supérieurs hiérarchiques, et bien sûr clients.

Rappelez-vous des notions d’endogroupe et d’exogroupe : les Japonais, en particulier les femmes, ont tendance à utiliser le keigo même face à des inconnus. Ne soyez donc pas surpris si l’on s’adresse à vous avec un langage très humble et honorifique.

Les règles de base du keigo

Maintenant que les notions d’endogroupe, d’exogroupe et de politesse sont posées, entrons dans le vif du sujet : les règles du keigo. La langue japonaise honorifique se divise en trois catégories : le style poli, le style humble et le style honorifique.

Certains mots sont remplacés par une version plus respectueuse en keigo. Par exemple, あした (demain) et ひと (personne) deviennent respectivement あす et かた. Cette forme de langage s’appelle aratamatta iikata (改まった言い方), le « langage formel ».

Deuxième élément à connaître : les préfixes honorifiques japonais o ou go peuvent s’ajouter à certains noms et verbes. L’exemple le plus courant est celui du thé, cha, qui devient « o-cha », ou de la famille, 家族, qui devient ご家族.

L’ajout d’un suffixe honorifique après un nom fait également partie du langage respectueux. Le suffixe poli さん, comme dans Tanaka-san (田中さん), devient Tanaka-sama (田中様).

1. Le japonais poli : teineigo (丁寧語)

Le style poli constitue la forme de keigo la plus simple, régie par une grammaire proche du langage courant. C’est donc la première forme de keigo enseignée aux apprenants de japonais. Utiliser です et ます à la place de la forme dictionnaire suffit déjà à adopter un ton poli et formel : c’est donc déjà une forme de keigo.

Pour rappel, la copule です se place après les noms, adjectifs et adverbes, généralement en fin de phrase, tandis que le suffixe ます se place après un verbe.

FrançaisRegistre courantTeineigo
Je vais acheter un livre.本を買いに行く。Hono kaini iku.本を買いに行きます。Hono kaini ikimasu.
Le téléphone est cassé.携帯が壊れた。Keitaiga kowareta.携帯が壊れました。Keitaiga kowaremashita.
Qu’est-ce que c’est ?これは何だ。Korewa nan da.こちらは何ですか。Kochirawa nandesuka.

2. Le japonais honorifique : sonkeigo (尊敬語)

Ce style permet de témoigner du respect envers une personne de rang supérieur, comme un supérieur hiérarchique ou un client, lorsqu’on s’adresse à elle. Le sonkeigo ne s’utilise jamais pour parler de soi-même. Cette forme est réputée difficile à maîtriser, car elle repose sur des phrases longues et élaborées, où les verbes courants sont remplacés par des formes plus polies, voire des formes honorifiques distinctes.

FrançaisRegistre courantForme honorifique
Monsieur Tanaka est-il présent ?すみません、田中先生はいますか。Sumimasen, tanaka-sensei wa imasukaすみません、田中先生はいらっしゃいますか。Sumimasen, tanaka-sensei wa irasshaimasuka
Comment s’est passé l’entretien ?面接はどうでしたか。Mensetsu wa dou deshitaka面接はいかがでしたか。Mensetsu wa ikaga deshitaka

3. Le keigo humble : kenjougo (謙譲語)

Les expressions humbles telles que おります, 参ります, いたします, いただきます, もうします ou 存じでおります appartiennent en réalité à une troisième catégorie, appelée chouteigo (丁重語). Cette forme de politesse courtoise s’utilise lorsque l’action ne concerne pas directement l’interlocuteur, mais que ce dernier reste une personne à qui l’on souhaite témoigner un profond respect.

FrançaisRegistre courantKenjougo
Je m’appelle Sakura.私はさくらです。Watashi wa sakura desu.私はさくらと申します。Watashi wa sakura to moushimasu.
J’ai lu le livre.この本を読みました。Kono hon o yomimashita.こちらの本を拝読しました。Kochira no hon o haidokushimashita.

Lorsque vous parlez de vous-même, vous devez rester humble. Il en va de même lorsque vous évoquez une personne de votre entourage proche, car le concept d’endogroupe implique qu’elle fait, en quelque sorte, partie de vous.

Le kenjougo sert à s’abaisser socialement lorsqu’on parle de soi-même. On l’utilise en s’adressant à une personne de rang supérieur, pour décrire ses propres actions ou celles d’une personne de son cercle. Comme pour le sonkeigo, le kenjougo remplace certains verbes par des formes spécifiques ; les noms peuvent également changer : le mot 人, mentionné plus haut, devient 者.

Cette distinction est particulièrement importante en entreprise au Japon. Lorsque vous vous adressez directement à votre manager, vous emploierez probablement une forme honorifique, puisqu’il occupe une position sociale supérieure à la vôtre. Simple, non ?

Mais que se passe-t-il lorsque vous parlez à un client de votre entreprise et que vous devez mentionner votre manager ? Faut-il alors employer la forme humble ou honorifique ?

La réponse est : la forme humble. À ce moment précis, votre manager fait partie de votre endogroupe (uchi), tandis que le client appartient à votre exogroupe (soto). Un point essentiel à retenir : on « élève » les personnes extérieures à son groupe et on « abaisse » celles qui en font partie, indépendamment de leur statut réel.

La conjugaison du keigo japonais

Pour les styles honorifiques et humbles, comme évoqué précédemment, certains verbes disposent d’expressions figées. Pour les autres, il existe des règles de conjugaison spécifiques au keigo. La première règle consiste à ajouter le préfixe poli « o » au radical du verbe.

On se concentre souvent sur les constructions verbales et les relations sociales entre locuteur et interlocuteur, mais le keigo va bien au-delà des expressions figées : la langue japonaise utilise également des préfixes honorifiques. Les préfixes お (o) et ご (go) peuvent en effet s’ajouter à certains noms et verbes.

Pour un nom, le préfixe お (o) ou ご (go) le précède, mais cette règle se limite généralement aux noms exprimant une action (verbes en suru). Pour un verbe, on retire ます et on ajoute になる.

FrançaisForme honorifique
Verbeお + radical du verbe (forme ます) + になる
Nomお/ご + nom + になる

部長はいつ海外からお戻りになりますか。

課長はお変えになりました。

Il est possible d’ajouter お (o) ou ご (go) devant presque n’importe quel nom pour le transformer en forme honorifique, mais attention : un excès de préfixes rendra vos phrases maladroites. Il existe d’autres façons de s’exprimer en keigo sans multiplier les お devant chaque objet.

Vous rencontrerez cependant très fréquemment ces noms honorifiques, sans même vous en rendre compte.

FrançaisJaponais honorifiqueRomaji
Théお茶Ocha
Eauお水Omizu
Alcoolお酒Osake
Repasご飯Gohan
Commandeご注文Gochuumon
Sucreriesお菓子Okashi
Tempsお時間Ojikan

Pour le style humble, la construction verbale suit le schéma suivant : お/ご + radical du verbe + する. Vous avez sans doute déjà entendu cette structure dans l’expression お願いします (« s’il vous plaît »).

Le style honorifique peut également s’exprimer via ce que l’on appelle le « keigo simplifié », en utilisant la forme passive du verbe (れる ou られる). Bien que présentée comme plus simple, cette forme peut facilement être confondue avec la voix passive classique et doit donc être utilisée avec précaution.

29 expressions de keigo utiles pour le travail

La première étape consiste à comprendre que certaines lectures de kanji et certains mots diffèrent selon que l’on parle en registre familier ou poli. L’exemple le plus simple est celui du mot « demain » : 明日 se lit あした en registre courant, mais vous rencontrerez rapidement la lecture あす en progressant dans vos études.

FrançaisJaponais courantKeigo professionnel
Demain明日(あした)明日(あす)
Après-demain明後日(あさって)明後日(みょうごにち)
Hier soir昨日の夜昨夜(さくや)
Demain matin明日の朝明朝(みょうちょう)
À partir de demain明日以降後日(ごじつ)
Cette année今年本年(ほんねん)
L’autre jourこの間先日(せんじつ)
Ce jour-làその日当日(とうじつ)
L’année dernière去年(きょねん)去年(さくねん)
Il y a deux ans一昨年(おととし)一昨年(いっさくねん)
Bientôtもうすぐまもなく
Maintenantいまただいま
Plus tôt前に以前(いぜん)
Plus tardあとで後ほど(あとほど)
Immédiatementすぐにさっそく
Cette fois今度このたび
Tout à l’heureさっき先ほど(さきほど)
どこどちら
Par iciこっちこちら
Par là-basあっちあちら
Par làそっちそちら
Lequelどっちどちら
Un instantちょっと少々(しょうしょう)
Beaucoup, énormémentとても大変(たいへん)
Beaucoup, grandementすごく非常に(ひじょうに)
Combienどのくらいいかほど
Un peu少し些少(さしょう)
Considérable多い多大(ただい)
Environ~ぐらい~ほど

Quand utiliser le keigo japonais ?

De manière générale, le langage respectueux s’emploie envers les personnes âgées, les personnes de rang élevé, et dans le cadre professionnel. Bien sûr, des exceptions existent, ce qui explique pourquoi le keigo reste un défi même pour les locuteurs natifs.

Le niveau d’exigence en matière de keigo peut varier fortement d’une entreprise à l’autre. Les étrangers bénéficient généralement d’une certaine indulgence, les Japonais n’attendant pas d’un non-natif qu’il maîtrise parfaitement ce registre.

La difficulté réside aussi dans l’inconnu : face à un groupe de personnes que vous ne connaissez pas, il est souvent difficile de savoir qui est éminent, qui a votre âge et qui est plus jeune. Dans certains contextes, le registre familier est même préféré comme brise-glace, le keigo pouvant alors paraître trop distant.

Parler keigo en tant qu’étranger au Japon

Si l’on attend des locuteurs natifs qu’ils maîtrisent parfaitement le keigo — au risque d’être jugés peu professionnels dans le cas contraire — ce n’est pas toujours le cas pour les locuteurs non natifs. Les étrangers sont généralement excusés pour leurs erreurs et leur maîtrise imparfaite de ce registre élevé de la langue.

Cela ne doit pas pour autant vous décourager d’apprendre le keigo japonais. Et la meilleure façon d’y parvenir reste d’explorer, patiemment et méthodiquement, toutes les subtilités du langage respectueux.

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FAQ

Qu'est-ce que le keigo ?

Le keigo désigne le système d’honorifiques japonais utilisé pour exprimer le respect, la politesse et l’humilité selon le contexte social.

Pourquoi le keigo est-il important ?

Il reflète le respect de la hiérarchie et des relations sociales. Bien maîtriser le keigo est essentiel dans les situations formelles : au travail, dans le service client, ou lors d’une première rencontre.

Quelles sont les trois formes de keigo ?

Teineigo (丁寧語) : le langage poli, avec les terminaisons -masu/-desu.

Sonkeigo (尊敬語) : le langage honorifique, utilisé pour élever autrui.

Kenjougo (謙譲語) : le langage humble, utilisé pour s’abaisser soi-même ou son entourage proche.

Quand utiliser le sonkeigo ?

Lorsqu’on évoque les actions d’une personne de rang supérieur : un manager, un client ou un enseignant.

Quand utiliser le kenjougo ?

Lorsqu’on parle de ses propres actions dans un contexte formel, notamment dans les métiers de service ou en entreprise.

Le teineigo suffit-il au quotidien ?

Oui ! Le teineigo convient parfaitement aux conversations polies courantes, notamment pour les apprenants ou dans des contextes semi-professionnels.

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